Le choix des bibliothécaires – 5

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Le choix des bibliothécaires – 5

O’Malley John, Le Concile de Trente : Ce qui s’est vraiment passé, Bruxelles, Lessius, 2013, 344 p., Coll. La Part-Dieu

Cote : 231 OMA

L’auteur de ce livre, professeur à l’université de Georgetown est un spécialiste de l’histoire de l’Église et des conciles. Après avoir présenté l’événement Vatican II, il remonte ici dans le passé de l’Église, pour essayer de mettre en lumière ce qui s’est vraiment passé au concile de Trente, et mettre ainsi fin à quelques mythes qui ont circulé et circulent encore à propos de ce concile.

Si sa convocation se fait attendre, c’est qu’elle se trouve prise entre l’impatience de l’empereur germanique, qui en attend la possible réintégration de Luther dans le sein de l’Église qui retrouverait ainsi l’unité perdue, et de l’autre côté toute la réserve du pape, qui redoute de voir le concile mettre en cause certaines de ses prérogatives.

Et ce concile, difficile à convoquer, fut encore plus difficile à conduire. Si, au terme il se montra capable d’arriver à une somme convenable de solutions, c’est seulement après avoir navigué dans des eaux dangereuses et avoir survécu à des tempêtes de la force des  ouragans.

Il s’ouvrit finalement, en 1545 ,à Trente, en territoire germanique, au climat assez rude, qui éprouva quelque peu la santé des participants.

Cependant les débats s’ouvrirent principalement, sur la doctrine et la réforme dans l’Église. Quelques uns des participants surent montrer qu’ils s’étaient mis à l’école de l’humanisme d’Érasme. Cependant, Trente se trouvant sous la menace d’armées en guerre, le concile se  réfugia, un moment à Bologne, ville plus accueillante que Trente, perdue dans sa montagne. Mais ville aussi plus rapprochée de Rome et donc du pape, resté très réticent à l’égard de cette assemblée. Les débats, heureusement commencés à Trente, se perdirent en discussions assez vaines et  les délégués responsable de la bonne marche des opérations proposa une suspension, qui, d’abord bienvenue , n’en finit pas de se prolonger, et ce jusqu’à dix ans qui furent perdus pour l’avancement du concile. Il ne reprit ses assemblées qu’ en en janvier 1562,  cependant avec un grand nombre de participants, désireux  de faire aboutir enfin le travail laborieux  commencé de longue date .

Les questions sur la doctrine de la justification, sur les sacrements, furent mises au point, parmi quelques autres à propos des mesures de réforme qui semblaient s’imposer assez impérieusement. Réinstallé à Trente, le concile se trouvait donc plus libre de son action, parce que plus éloigné des réticences du pape, qui se prolongeaient toujours.

On parla donc aussi aussi de la nécessité pour l’évêque de résider dans son diocèse, pour s’y consacrer totalement  à sa charge pastorale. De fortes personnalités, de pasteurs, françaises, italiennes ou portugaises s’ajoutèrent aux assemblées plus anciennes et les dynamisèrent.

On traita rapidement les indulgences et le purgatoire,  On ne s’ attarda pas sur la vénération des images saintes.

Une fois, le dernier décret approuvé, le légat Morone se leva et déclara le concile clôturé. Il ne restait plus qu’ à chanter le Te Deum, et à laisser couler des larmes de joie sur les visages de tous ces  prélats graves et distingués.

On pouvait dés lors commencer à  prendre conscience de l’importance du travail accompli par ce concile assez tourmenté dans ses assises elles-mêmes. L’Église, un moment en perte de vitesse et menacée de schisme et d’hérésie, retrouvait toute sa force d’unité et la vigueur de sa foi, prête à envoyer au monde, des prêtres à la hauteur de leur mission. Partout allaient s’ouvrir des séminaires.

A divers degrés, le concile influença tous les aspects de la vie ecclésiale et et du climat moral de l’Europe et il affecta aussi des aspects spécifiques de la culture. Trente eut donc une influence très large. Mais, même ainsi, le concile ne fut pas véritablement catholique, au sens premier du terme. Il n’a pas eu un mot sur l’activité missionnaire de l’Église, en Asie ou en Amérique, et de ce point de vue, il révélait sa perspectives exclusivement euro-centrique.

Malgré cette limitation,  le concile de Trente représenta un grand changement dans l’église catholique et dans la société de l’époque moderne où il se déroula.

L’auteur de ce livre a su, dans cette étude de ce grand concile, en  rendre compte, en sachant garder aisance et rapidité dans un récit alerte, qui captive et sait éviter les ennuis liés à la longue durée du concile.

A la lecture de ce beau travail de recherche et de présentation d’un concile chargé d’obstacles et de contradictions, on ne peut qu’admirer cette mise en œuvre, par l’auteur, de ses rythmes et de ses arrêts et de ses reprises.

Il a cherché ainsi à rester dans la vérité à propos d’un concile, qui, à cause des grands  acteurs  de ce temps, qui s’y sont trouvés mêlés, provocant la rencontre toujours très animée de la politique et de la religion.

Sans se laisser séduire par les mythes suggestifs, vite nés des particularités imprévues de  ce concile, qui s’est traîné sur une trop longue route, l’auteur a su en rester à la vérité des faits, des actes et des personnes.

En somme, il a bien fait son métier d’historien, par son récit objectif, vrai mais aussi magistralement mis en scène.

Courage, cependant, le récit s’étale sur une bonne quinzaine d’années. Mais la lecture du livre en vaut la peine.

Claudine Collinet

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