Le choix des bibliothécaires – 4

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Le choix des bibliothécaires – 4

Godin Christian, Ce que sont devenus les péchés capitaux, PariLs, Cerf, 2018, 215 p.

Cote: 63 GOD

 

Dans son nouveau livre, Christian Godin, s’interroge sur ce que sont devenus les péchés capitaux, la question peut se poser effectivement, étant donné, écrit- il : “que l’humanité est en train de subir la révolution la plus profonde, la plus radicale de notre histoire. La morale est évidemment prise dans ce bouleversement universel. Et les valeurs morales traditionnelles semblent en grand risque de s’effondrer, elles aussi.”

C’est ce que cet auteur, connu comme philosophe et aussi vulgarisateur, se propose de vérifier.

Dans un prologue, intitulé : la révolution morale, l’auteur présente donc l’objectif  de son nouveau livre : aider ses lecteurs à prendre conscience des effets et des dimensions de la révolution que nous vivons. Une révolution totale, qui touche tous les secteurs de la culture, des idées, des normes, des valeurs.

La morale est évidemment prise dans ces bouleversements. Pour nous en faire prendre conscience, l’auteur a choisi de s’attacher au septénaire des péchés capitaux, comme représentatif des valeurs morales traditionnelles et aussi donc de leur bouleversement actuel.

Pour ce faire, il nous propose un captivant parcours culturel, qui va du Moyen- Age à notre temps, en passant par Dante, Thomas d’Aquin, voire même  “la nef des fous”  et qui suit les avatars d’un ensemble qui en arrive à symboliser la doctrine morale de l’Église .

L’évocation de ce septénaire se présente comme le stéréotype de l’imaginaire moral moderne. Aujourd’hui, il ne représente plus un système totalitaire du mal, ses avatars, tout au plus, divertissent et font rire.

Un nouveau classement s’impose donc, avec en tête l’avarice. Parce qu’elle semble bien rester comme l’objet d’une réprobation générale et parce qu’elle ne peut pas être intégrée dans la logique économique du capitalisme actuel. Plus question, d’ailleurs de rencontrer des Harpagons, attachés à leurs précieuses cassettes. Reste cependant l’avidité pour l’argent, mais pour le dépenser,  qu’il s’agisse de ce qu’on a, aussi bien que de ce qu’on n’a pas, qui s’appelle l’emprunt. Avidité et cupidité restent cultivées comme jamais, car elles constituent des dynamiques psychiques, éminemment favorables à l’entretien de la machinerie techno-économique actuelle.

La suit, la paresse, objet elle aussi d’un changement de sens sur sa valeur, assez considérable. Elle n’a plus rien à voir avec l’acédie, qui était l’absence de goût pour la vie spirituelle, elle est devenue l’absence d’énergie pour le travail, donc comme manque au devoir social, qui est de travailler, créant ainsi une hyperactivité, sert à contrarier l’angoisse devant la mort .

C’est alors qu’apparaît la gourmandise. Bien loin désormais les visages réjouis des gloutons de Jérôme Bosch. Plus question de s’empiffrer. Le souci de la ligne s’impose. L’obèse est répugnant. Il est en passe de devenir notre lépreux.

Si autrefois la colère pouvait se revêtir de la noblesse héroïque d’un Achille au pied léger, elle ne se cache plus désormais que sous l’indignation, cette fille bréhaigne de la démocratie.

Quant à la luxure, elle est devenu un terme désuet, qui ne doit sa survie qu’au septénaire des péchés capitaux. C’est le péché qui a connu le plus radical renversement des valeurs, avec l’émancipation de la sexualité. Il y a aujourd’hui comme un véritable devoir de luxure, comme un signe d’une avancée et d’une libération.

Ne restent plus que l’envie et l’orgueil. Un lien étroit était établi entre eux, pour y voir les deux péchés maîtres.

L’envie qui se développe dans un contexte de proximité sociale, est devenue l’expression du sentiment d’ infériorité, perçu comme illégitime dans un cadre formellement égalitaire.

L’ orgueil est celui, qui dans la série des péchés capitaux est l’objet de la reconsidération la plus systématique. Ainsi, toute transcendance ôtée, se met en place le dispositif du sujet moderne : estime de soi, liberté, volonté, responsabilité personnelle. Aujourd’ hui, le culte de l’excès est universel, car dans un contexte égalitariste, il est nécessaire de sa faire une place par tous les moyens.

Reste comme épilogue, l’envie de la fin, désormais entre les mains de l’homme. Cette fin est un terme et non un objectif . Elle peut conduire à une sorte de délectation morose. Ce que les scolastiques appelaient  “le mal ” , nous pouvons aujourd’hui le désigner sous l’expression “pulsion de mort”. Ainsi pouvons-nous comprendre qu’avec les péchés dont nous nous plaisons à rire, c’est bien notre salut qui est en jeu.

Un jugement sévère sur le monde moderne.  Il y a du vrai … Surtout gardez le moral. L’auteur ne manque pas non plus d’humour .

 

Claudine Collinet

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