Le choix des bibliothécaires – 3

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Le choix des bibliothécaires – 3

Xavier Morales, Dieu est amitié : La spiritualité d’Aelred de Rievaulx, Paris, Salvator, 2016, 139 p., coll. Petite bibliothèque monastique

Cote: 5221 MOR

 

Dans la collection “petite bibliothèque monastique”, les éditions Salvator viennent de faire paraître Dieu est amitié.

Titre quelque peu étonnant, voire même provoquant. Il pourrait sembler ramener la transcendance de Dieu à une dimension humaine, lieu habituel de l’amitié.

Mais, ici, en fait c’est l’amitié, qui se valorise, jusqu’à atteindre le domaine spirituel. Et par là, à laisser derrière elle toutes les formes d’amitié faciles et plus ou moins virtuelles, très à la mode de nos jours .

Xavier Morales, peut se réclamer de son enseignement de théologien à la Faculté catholique de Strasbourg et aussi de ses affinités avec la spiritualité cistercienne .

C’est d’ailleurs à un moine cistercien du douzième siècle, un anglais, Aelred, abbé  de Rievaux qu’il se réfère. Il entend proposer à ses lecteurs un commentaire amical de son court “Traité sur l’amitié spirituelle”.

L’ouvrage se présente d’ailleurs comme un dialogue amical, au cours duquel l’abbé répond aux questions que lui pose, un jeune moine de ses amis, Yves de Wardon.

Xavier Morales s’est donc permis de les rejoindre dans leurs échanges, en les suivant dans leurs propos par un commentaire amical également. Il actualise, en les enrichissant et en les éclairant, ces propos, qui nous vienne des rives de la Tamise, et donc loin de nous dans l’espace et dans le temps. Ce temps, où le Moyen-Âge se laisse prendre à la douce force de Jésus, dans sa dimension humaine .

D’entrée de jeu, l’entretien entre l’abbé et le jeune moine, s’ouvre sur une question, pressante , semble-t-il du jeune novice : “Peut-on dire de l’amitié, ce que Jean, l’ami de Jésus exprime à propose de la charité : Dieu est amitié “

C’est la poursuite des échanges, par après,  qui  finira par donner une réponse positive, portant d’emblée l’amitié  à son plus haut niveau, qui atteint le monde spirituel .

Ceci, par ailleurs, pour contrer le risque d’idéaliser l’amour, de l’arracher à ses racines affectives et charnelles, pour l’acclimater à un ciel à l’atmosphère raréfiée. L’amitié, elle, nous ramène au coude à coude du quotidien. Un Dieu qui serait amitié est un Dieu pour qui l’amour est aussi concret que nos amitiés de tous les jours.

C’est  aussi  que notre moine anglais avait eu l’occasion d’entrer dans l’amitié de Bernard de Clairvaux, qui alors, insistait, suivant en cela la tendance de son époque, sur l’intérêt porté à la personnalité humaine du Christ, ce qui facilite son approche. Devenir”un seul esprit” , voilà l’idéal recherché. Un seul esprit entre les membres de la communauté des croyants et un seul esprit entre l’homme et le Seigneur. Rechercher l’unité, revenir à l’unité, telle serait finalement la quête de l’amitié.  Dieu, qui est souverainement un est le modèle sur lequel l’amitié doit se construire.

Aelred n’a aucune peine a trouver dans les ouvrages de la très riche bibliothèque de son couvent  des références à l’appui, qui vont de Cicéron à Augustin, en passant par Grégoire de Nysse. L’abbé ne craint pas de citer à l’appui, un proverbe antique : “Aux amis tout est commun”.  Aelred poursuit, en disant que la communauté des premiers disciples  était une communauté d’amis, puisque la multitude des croyants  avait un seul cœur et une seule âme. Et si cette première communauté est présentée à l’Église comme son idéal, alors, on peut dire avec Aelred, que l’Église idéale est une Église amicale.

L’auteur se permet d’intervenir pour renforcer et actualiser ce visage de l’Église, qui était celui que le concile Vatican II cherchait à lui redonner pour la rapprocher des hommes de son temps.

Il engage l’amitié plus loin encore qu’Aelred, puisqu’il va jusqu’à se demander : “et si l’amitié était aussi le principe qui régit les relations entre les personnes de la Trinité ?” Il renforce sa proposition, en citant François, dans son encyclique, Laudato Si : “Le monde créé sur le modèle divin est un tissu de relations. Plus la personne humaine grandit, plus elle entre en relation , quand elle sort d’elle même pour vivre en communion avec Dieu, avec les autres et avec toutes les créatures.”

Après nous avoir aidés à suivre les propos si chaleureux de l’abbé anglais sur la valeur spirituelle aussi bien qu’affective de l’amitié. Xavier Morales n’a plus qu’à conclure son texte sur un petit manuel de l’amitié bien trempée, par lequel il cherche à nous aider à marcher sur la route de l’amitié, pour éviter les erreurs et les déconvenues.

Il conclu en s’adressant à nous avec la cordialité toute simple de l’amitié : “Ami lecteur, j’ai pris le risque de t’écrire, et tu a pris celui de me lire. Je t’ai ouvert mon cœur et tu a accepté d’y pénétrer. Et nos risques réciproques ont produit la plus belle chose qui soit : une amitié.”

Un tel mot de la fin n’appelle pas de commentaire. Vous me permettrez de les reprendre à mon compte.

Claudine Collinet

 

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