Le choix des bibliothécaires – 1

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Le choix des bibliothécaires – 1

André Wenin, Abraham ou l’apprentissage du dépouillement : Lecture de Genèse 11,27 – 25,18, Paris, Cerf, 2016, 446 p., Coll. Lire la Bible, n° 190
Cote : 12232 WEN

Poursuivant le travail qu’il a entrepris, il y a quelques années, sur la Genèse, A. Wénin en arrive, avec ce livre, à Abraham sur lequel il propose ses recherches dans ce livre intitulé: Abraham ou l’apprentissage du dépouillement. Un titre évocateur, qui, d’entrée de jeu, cherche à relier sous ce fil directeur, l’ensemble des chapitres 12 à 15 de la Genèse et cherche ainsi à regrouper, autour d’Abraham, des épisodes, qui pourraient sembler quelque peu disparates.

Wénin nous propose de les voir reliés entre eux à partir de la relation que YHWH tisse patiemment avec le patriarche. Ces vingt-cinq ans représentent en fait, le temps nécessaire à tout apprentissage qui se veut sérieux .Or, il s’agit ici d’apprendre à Abraham, à sortir des errances de l’humain, liées au mauvais départ du premier couple, errances signalées dans le livre précédent de Wénin, sur la Genèse et qui lui paraissent liées à la convoitise du fruit défendu à ses effets.

Par ailleurs, dans l’avertissement qui précède cette nouvelle étude, proposée à ses lecteurs, l’auteur prend soin de préciser que ce nouveau résultat de ses recherches s’appuie encore sur une méthode de travail, relativement récente.  Cette méthode  invite à se mettre à l’école des procédés des analyses littéraires: elles amènent à voir le texte comme une suite de récits vivants, concrets, mis en œuvre selon un art qu’il convient de décrypter, en dégager toute la portée et arriver ainsi à mettre en évidence les enjeux théologiques et anthropologiques de ce qui est raconté. C’est présenter ainsi tout ce qui donne à cette nouvelle lecture une originalité et un intérêt très vif .
A vous de juger d’après ces quelques références, prises dans le cours du livre de Wénin .

Sur cette terre de Canaan où l’appel de YHWH vient de l’envoyer le patriarche se trouve devant un bon chemin à parcourir, non seulement en ayant affaire à des terrains quelque peu arides et peu séduisants,occupés par ailleurs par des groupes agressifs ou profondément dépravés.Abraham saura d’ailleurs les affronter et les mettre à la raison sans violence et sans trouble.
Plus rude, certes sera le chemin de la foi dans le cœur du patriarche. Parce que YHWH veut en faire son ami et le rendre capable de nouer avec Lui, le lien de l’alliance, il lui demandera de n’avoir rien d’autre pour appuyer sa foi que la seule parole de son Dieu.

En effet, il promet un héritage magnifique à un époux, dont la femme reste obstinément stérile, une bénédiction destinée à devenir universelle par les mains de ce migrant, encore sans feu ni lieu. Parce qu’il a osé croire à la promesse d’un Dieu qui lui offrait une postérité à l’égal des étoiles magnifiques du ciel d’Orient.

Genèse 15- 6: Abraham crut en YHWH, qui lui compta comme justice, ce qui lui vaudra aussi la fierté de nouer l’alliance au service de son Dieu. Faut-il s’étonner que cet apprentissage d’une foi si absolue ait pris du temps et de la patience aussi bien de la part de l’un comme l’autre de cette rencontre. Par ailleurs, l’héritier promis refera aussi longtemps attendre, le temps que mettra Abraham pour réaliser avec Sarah, un mariage authentique, où chacun des deux partenaires s’engage librement et totalement dans la rencontre partagée avec l’autre.

Au départ de son aventure, le patriarche en est encore au régime de la société patriarcale, où l’autorité du père tient toute sa tribu sous sa coupe. Pour apprendre à Abraham à s’en libérer, YHWH n’hésitera pas à se servir d’un Pharaon, d’une servante ou d’un prince sympathique .

Quand Isaac apparaîtra enfin dans la vie et le cœur d’Abraham, Dieu devra encore intervenir, pour dénouer le nœud trop serré, qui enfermerait le jeune homme et le priverait de créer sa propre personnalité. Il doit lui aussi faire son propre apprentissage de la liberté.

Apprentissage du dépouillement réussi grâce à la patient pédagogie divine. YHWH apparaît bien comme le principal protagoniste de cette histoire. Le temps d’Abraham ne serait il pas si éloigné de nous que nous le supposons? N’aurions-nous pas intérêt à nous mettre à son école ? Son histoire ne nous rappellerait- elle pas que notre histoire aussi reste toute entière dans la main d’un Dieu dont l’amour ne cesse pas de nous enseigner et de nous aider à prendre toute la dimension qu’il veut pour nous ?

Claudine Collinet

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